Explication: Qu’est-ce-que la Résolution d’Urgence Climatique implique pour Ottawa?

Le Mercredi 24 Avril, le Conseil Municipal a adopté une résolution déclarant l’Urgence Climatique à Ottawa, et a ainsi rejoint de nombreuses autres municipalités Canadiennes dans l’engagement d’une action climatique dans notre communauté avec une détermination et une vigueur renouvelées. Bien que la motion n’aie pas été adoptée de façon unanime, comme ce fut le cas pour d’autres municipalités (la motion d’Ottawa a été opposée par trois conseillers), cette résolution signale une mutation au conseil municipal : d’une période d’un mouvement qui traine des pieds sur le climat, à un changement rapide et rigoureux pour le meilleur. Une nouvelle ère est annoncée par cette motion, la sortie prochaine de la Phase 2 de l’Évolution Énergétique, et le développement d’un plan de résilience climatique, qui sera celui par lequel nous commencerons à nous attaquer au changement climatique avec le type d’ampleur et d’attention que la crise exige vraiment.

Il y a cinq aspects majeurs de la résolution pour lesquels nous à Écologie Ottawa sommes vraiment enthousiastes, parce que la déclaration de l’urgence climatique n’est pas purement symbolique. Ces cinq éléments critiques (tel que nous les voyons) sont les suivants :

  1. Elle, la résolution, accélère le travail sur les programmes sur les énergies renouvelables et la conservation de l’énergie, ainsi que les analyses techniques. Cela vient avec un coût de 250,000$, ce qui est 100,000$ de plus que ce que la Ville a dépensé lors du dernier conseil municipal pour son programme emblématique, le programme Évolution Énergétique
  2. Elle intègre un objectif “équité et inclusion” dans l’agenda climatique. Pour la première fois, Ottawa devra penser de manière proactive sur comment nos résidents les plus vulnérables sont touchés par le changement climatique.
  3. Elle appelle la ville à intégrer le changement climatique comme Priorité du Mandat du Conseil. Dans les prochains mois, le conseil va débattre de ses priorités politiques pour la durée de son mandat. Il est essentiel que le changement climatique soit inclus comme priorité majeure, et que des mesures politiques concrètes et des financements découlent de cette priorisation.
  4. Elle appelle la ville à délivrer une stratégie de résilience au climat. Un plan de résilience, où Ottawa précise comment il fera face aux impacts et risques climatiques, est quelque chose que la ville promet depuis au moins 2011. Un autre coup de pouce pour que cette stratégie puisse être émise est bienvenu et est utile.
  5. Elle appelle la ville à analyser comment nos objectifs de réduction des émissions municipales s’alignent avec les critères du Panel Intergouvernemental sur le Changement Climatique (IPCC) pour limiter le réchauffement planétaire à 1.5°C. Actuellement, les objectifs des émissions d’Ottawa sont basés sur les objectifs provinciaux plutôt que sur les preuves scientifiques. Il est hautement possible que les constats du Panel Intergouvernemental sur le Changement Climatique nous obligera à agir de manière plus urgente et plus ambitieuse.

Ce qui précède sont les points forts de la résolution : les thèmes principaux, et ces choses que nous prenons vraiment à cœur, et qui pour nous ont du sens quand nous étudions la déclaration. Si vous êtes désireux d’en apprendre plus sur la résolution et de vraiment creuser plus profondément avec nous, continuez à lire, car nous sommes ici pour décomposer la résolution pour vous. Pour les paragraphes suivants, nous vous guiderons à travers chacun des huit points de la motion, en espérant vous fournir une compréhension plus approfondie de l’engagement de la ville avec sa déclaration « d’urgence climatique ». Nous avons choisi de laisser le préambule, ou les parties de la résolution « Contexte » et « Tandis que » hors de notre révision, puisqu’ils ne requièrent pas vraiment beaucoup d’explication. Ce que vous pouvez lire en dessous est une dissection article par article des implications de la résolution, facile à comprendre, et à intégrer.

Chaque article, tiré directement du texte, est en caractères gras, et est suivi d’un paragraphe d’explication.

IL EST RÉSOLU QUE le Conseil déclare officiellement une urgence climatique afin de nommer, d’encadrer et d’intensifier notre engagement à protéger notre économie, nos écosystèmes et nos communautés des changements climatiques;

Tout d’abord, il convient de noter que l’utilisation du terme «urgence» dans ce premier point ne signifie pas que l’adoption de cette motion mette en vigueur un «état d’urgence» au sens formel. Au lieu de cela, le terme «urgence» est utilisé, comme le dit le texte ci-dessus, «aux fins de nommer, d’encadrer et d’approfondir notre engagement». Cela diffère de l’état d’urgence officiel tel que celui déclaré par le maire Watson le 25 avril 2019, qui a mis en place des mesures d’urgence et un financement afin de prendre rapidement des mesures pour prévenir et atténuer les dommages causés par les inondations le long de la rivière des Outaouais.

QUE LE CONSEIL établisse un groupe de parrains du Conseil composé de représentants du Comité permanent de la protection de l’environnement, de l’eau et de la gestion des déchets, du Comité de l’urbanisme, du Comité des transports, de la Commission du transport en commun, du Conseil de santé d’Ottawa et du conseiller de liaison du Comité consultatif sur la gérance environnementale;

Le groupe de parrains du Conseil est un comité ad-hoc composé de conseillers siégeant dans divers comités officiels de la ville (tels que le Comité permanent de la protection de l’environnement, de l’eau et de la gestion des déchets, qui a approuvé la motion sur l’urgence climatique avant son envoi au Conseil). Dans ce groupe de parrains du Conseil, ces conseillers, représentant un large éventail de préoccupations municipales, se réuniront pour discuter de manière informelle comment intégrer le prisme du changement climatique dans les décisions prises par les comités qui ne prendraient pas autrement en compte l’environnement et le climat.

CE CONSEIL demande au personnel de la Ville d’inclure les éléments suivants dans la révision et la mise à jour du Plan de gestion de la qualité de l’air et des changements climatiques (PGQACC):

  • Une analyse permettant de comparer les objectifs à long terme du PGQACC visant à réduire les émissions de GES de 80% sous les niveaux de 2012 d’ici 2050 avec les objectifs du GIEC visant à limiter le réchauffement planétaire à 1,5 ºC
  • Les objectifs communautaires et municipaux de réduction des émissions de GES à moyen terme (2030)
  • Les priorités d’adaptation aux changements climatiques et d’atténuation de leurs effets pour les cinq prochaines années (2019-2024) afin d’ancrer les considérations relatives aux changements climatiques dans tous les éléments des activités de la Ville;

Mis à jour pour la dernière fois en 2014, le PGQACC est le Plan de gestion de la qualité de l’air et du changement climatique d’Ottawa: un long document qui vise à établir un cadre pour l’atténuation et l’adaptation climatique pour les 20 prochaines années à Ottawa. Le document est réexaminé cette année et, avec l’adoption de cette motion (en particulier les points ci-dessus), la ville s’est engagée à inclure dans l’examen de 2019 une comparaison entre nos objectifs de réduction des émissions de gaz à effet de serre et ceux établis par le  rapport récent du GIEC de l’ONU* sur 1,5° C. C’est dans ce rapport (publié en novembre dernier) que nous avons découvert que pour limiter le réchauffement à 1,5° C et maintenir la planète (en général) vivable, nous devrons réduire nos émissions de 107% d’ici 2050, et nous engager dans cette voie dans les 12 prochaines années. Les points ci-dessus engagent également le personnel de la ville à définir des «objectifs à mi-parcours» pour les émissions de la Ville d’Ottawa, ainsi que pour les émissions de notre communauté, nous permettant de voir où nous devrions être d’ici 2030 si nous voulons atteindre notre objectif actuel de réduction de 80% d’ici 2050. Le troisième point ci-dessus est prometteur, car il oblige la ville à envisager des mesures d’atténuation et d’adaptation dans toutes ses activités, en prenant soin d’élaborer des actions prioritaires pour les cinq prochaines années.

* GIEC de l’ONU = Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat des Nations Unies

QUE LE CONSEIL demande au personnel de la Ville d’inclure les éléments suivants dans le rapport final sur le projet Évolution énergétique :

  • Compte rendu sur les mesures prises durant la phase 1 de la stratégie Évolution énergétique;
  • Nouvelles mesures concrètes et incidence sur les ressources (humaines et financières) pour atteindre les objectifs de réduction des émissions de GES;
  • L’emploi d’une optique d’équité et d’inclusion dans l’établissement des mesures prioritaires;
  • Les options de financement et d’économies qui s’offriront à la Ville lorsqu’elle mettra en œuvre les réductions des émissions.

Le projet Évolution Énergétique est la stratégie de la Ville d’Ottawa en énergie renouvelable: conçu pour aider la Ville dans la gestion de consommation d’énergie, et pour promouvoir l’énergie renouvelable. Initialement reçu par le conseil en 2017, la “phase 2” de la stratégie sera publiée en fin 2019. Avec l’adoption de la motion, le personnel de la Ville devra s’assurer d’inclure dans la documentation d’Énergie Évolution tous comptes rendus des progrès de la phase 1, et innover dans la réduction au niveau de la ville des gaz à effets de serre de 80%  d’ici 2050. Cette clause inclut aussi une référence à l’équité et l’inclusion en rapport au changement climatique – ce que nous voyons peu souvent venant de la Ville, et qui est bienvenu et une addition très nécessaire. Nous savons que les effets du changement climatique sont ressentis plus fortement par les groupes marginalisés, les collectivités à faibles revenus, les enfants, et les personnes âgées. Nous sommes ravis de voir que la Ville prend au sérieux le fait que ce sont les plus vulnérables qui doivent être protégés et priorisés dans une politique sur l’environnement et le climat. 

QUE LE CONSEIL demande au personnel de la Ville de présenter un rapport, au cours de l’année civile 2019, sur un plan de dépenses pour les excédents de dividendes d’Hydro Ottawa qui aideraient à réduire les émissions communautaires et municipales de GES au-delà des objectifs actuels de la Ville en matière de climat tout en économisant de l’argent;

Plus simplement, la Ville a besoin d’un plan pour l’argent gagné des investissement en efficacité énergétique et énergie renouvelable (excédents de dividendes Hydro Ottawa) à divertir vers des mesures de réduction des gaz à effets de serre qui nous pousserons au delà des objectifs de réduction de 80% d’ici 2050.

QUE LE CONSEIL demande au personnel de la Ville de remplir une évaluation de la vulnérabilité et de mettre en place une stratégie de résilience face aux changements climatiques afin d’en limiter les effets;

Le développement d’un plan d’adaptation au climat ou “stratégie de résilience” était en réalité mandaté par le Plan de gestion de la qualité de l’air et des changements climatiques (PGQACC) en 2011, mais qui reste encore à faire surface. Nous nous réjouissons de voir que la Ville d’Ottawa commence enfin à lancer ce projet, étant donné que nous commençons à sentir les effets du changement climatique dans notre ville. Les vagues de chaleurs intenses de l’année dernière ainsi que les tornades, et les inondations que nous rencontrons actuellement, sont toutes des preuves que nous avons besoin d’une stratégie de résilience pour notre communauté – pour savoir à quoi s’attendre dans les années à venir, et pour nous préparer à faire face à de potentiels désastres.

QUE LE CONSEIL reconnaisse le changement climatique comme une priorité stratégique dans le plan stratégique et dans les directions budgétaires accompagnants, pour la durée restante du Conseil;

Au cours des dernières années, le Conseil a consacré des fonds et des ressources aux quelques enjeux qu’il juge d’être des «priorités stratégiques» du mandat du Conseil (habituellement, environ 8 priorités principales sont fixées par mandat). Avec ce point de la motion, nous espérons voir un montant de financement et d’allocation des ressources, à date sans précédent, pour les enjeux et les solutions liées au changement climatique.

QUE LE CONSEIL travaille avec les niveaux supérieurs du gouvernement pour accélérer l’ambition et l’action pour répondre à l’urgence du changement climatique et de fournir des ressources supplémentaires aux municipalités et au public pour réduire leurs émissions de GES et renforcer la résilience aux impacts sur le climat.

Cette dernière pièce de la motion, bien qu’il puisse ressembler à rien de plus que du langage fleuri, est en fait importante pour l’établissement du ton envers l’action pour le climat que la Ville suivra à l’avenir. Dans cette phrase, il est clairement précisé que le Conseil s’est prononcé devant les gouvernements provinciaux et fédéraux, exigeant une action plus forte envers le climat et soutien de leur part. Une grande partie de ce que nous faisons au niveau municipal est déterminée par le financement que nous recevons des hauts niveaux de gouvernement, et nous réussirons dans nos ambitions seulement si nous avons leur soutien financier.  

La motion d’urgence climatique de la ville d’Ottawa n’est pas du tout l’histoire complète de la politique municipale du climat de la ville. À plusieurs égards, ce n’est que le début – la pointe de l’iceberg de la politique municipale sur le climat, mais encore, il a un grand potentiel d’impact. À travers le Canada, les villes sont responsables pour environ 50% de toutes les émissions. Si Ottawa, et d’autres villes semblables qui ont déclaré l’urgence climatique, acceptent les responsabilités qu’ils ont établies dans des motions, comme celle qui a été adoptée par notre Conseil le 24, nous avons une très réelle chance de construire le genre de ville saine, dynamique, adaptative, et résiliante dont nous aurons besoin si nous allons affronter les nombreuses tempêtes à lesquelles nous devons encore faire face. La semaine dernière nous a donné confiance dans l’engagement de la ville, et encore plus de confiance dans l’engagement des peuples: après tout, rien de tout cela ne serait arrivé sans la voix de milliers d’Ottaviens qui se sont réunis pour réclamer cette action de nos représentants. Nous espérons que vous prendrez autant de force de cette motion qui sera adoptée que nous, Ottawa, et qu’avec ce changement, vous ressentez le pouvoir de prendre d’autres mesures pour défendre notre communauté et pour défendre notre climat.

Le travail d’Écologie Ottawa est financé par des contributions de membres de la communauté d’Ottawa. Pour soutenir le travail d’Écologie Ottawa et les initiés, comme notre campagne en faveur d’une déclaration d’urgence sur le climat, envisagez de faire un don aujourd’hui.

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