Les terres humides: une composante essentielle de la Stratégie d’Ottawa sur le milieu aquatique

« Nous savons maintenant que ces écosystèmes aquatiques qui nous paraissaient dissociables sont en fait interreliés et interdépendants. Nous ne pouvons espérer préserver la qualité de nos ressources en eau sans assurer une protection adéquate de la ressource en entier. » [1]

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La valeur fondamentale des terres humides

Les terres humides fournissent de nombreux services écologiques, dont la purification de l’eau, la régulation des eaux souterraines et de surface, un habitat pour la faune, la réduction des impacts à la suite d’inondations ou de fortes précipitations, la modération de la température de l’eau, le contrôle de l’érosion et la stabilisation des berges.

Les terres humides représentent les lits filtrants, ou les reins, de nos paysages, eaux souterraines et systèmes hydrographiques. Agissant comme des filtres naturels, les terres humides éliminent la pollution de l’eau qui s’y écoule en même temps qu’elles purifient et rechargent les aquifères souterrains.

L’eau est nettoyée par l’action des sols humides et de la végétation capturant les sédiments, les métaux lourds et les microbes pathogènes. Les terres humides retiennent des éléments nutritifs comme le phosphore et l’azote qui peuvent dégrader la qualité de l’eau et   menacer les ressources halieutiques.

Les terres humides, telles des éponges, absorbent l’eau des pluies et des crues et l’emmagasinent dans des réservoirs temporaires tout en aidant à la prévention de l’érosion. Au cours des périodes de sécheresse, les milieux humides jouent un rôle contraire. Elles atténuent les effets des sécheresses en emmagasinant l’eau pendant les périodes les plus humides de l’année et en la relâchant au cours des périodes sèches. Les terres humides aident aussi à freiner les changements climatiques en emmagasinant du carbone.

Ce qui menace nos terres humides

Les régions habitées de l’Ontario ont perdu plus de 70 % de leurs terres humides en raison de l’agriculture et du développement. À Ottawa, les terres humides ont été converties ou compromises par les drains municipaux. En 2010, le commissaire à l’environnement de l’Ontario a avertit que la Loi sur le drainage était mal appliquée à Ottawa dans le complexe des milieux humides de Gouldbound, minant ainsi les politiques de protection des terres humides provinciales d’importance : « … des caractéristiques du patrimoine naturel sont détruites par la préparation des terres agricoles pour la subdivision et l’exploitation des granulats, sous prétexte qu’il s’agit d’une « pratique agricole normale »[2].

L’utilisation des terres humides pour le drainage municipal représente une préoccupation majeure alors que le développement de la zone suburbaine en bordure des zones rurales crée une demande exceptionnelle en infrastructure de drainage à Ottawa. La Stratégie sur le milieu aquatique d’Ottawa souligne que « l’état des terres humides demande une évaluation plus poussée ». Compte tenu de l’urgence, les recommandations suivantes devraient constituer des priorités :

  1. L’adoption d’un règlement solide sur les modifications de sites
  2. La cartographie des terres humides en coopération avec les autorités locales chargées de la conservation
  3. La mise en place de solutions vertes en matière d’infrastructures, qui tiennent compte que le réseau du patrimoine naturel demande une planification adoptant une approche globale plutôt que séparée : il ne faut plus considérer les terres humides et les forêts comme des entités distinctes et déconnectées.

 Les castors contribuent à la santé des cours d’eau

Alors que les terres humides jouent un rôle essentiel dans l’équilibre des cours d’eau, aucune espèce n’est plus importante que les castors pour préserver les terres humides.

Lorsque le castor abat des arbres pour construire son barrage et sa hutte, il aide à la création de plusieurs habitats. En ouvrant le couvert forestier, le castor permet au soleil d’atteindre l’eau, déclenchant ainsi une explosion d’activités biologiques. Graminées, foin, arbustes, gaule (jeunes arbres) poussent en bordure de l’étang créé. Ces plantes procurent nourriture et couvert à de nombreux animaux pendant que des algues et des plantes aquatiques se développent au soleil dans l’eau riche en nutriants. Ce matériau organique renferme des organismes microscopiques qui servent d’alimentation à de nombreux invertébrés. Ce milieu créé par le castor fournit de la nourriture aux poissons et abrite de nombreuses espèces d’oiseaux et de mammifères. C’est ainsi qu’il est à l’origine d’une chaîne alimentaire entière.

Le castor améliore la circulation et la qualité de l’eau, retient l’eau des inondations et prévient l’érosion, réduit la présence de sédiments et de toxines pendant qu’il stocke de l’eau qui sera libérée lors des sécheresses. La professeure et chercheuse, Cherie Westbrook, spécialiste en hydrologie à l’ Université de Saskatchewan, décrit l’efficacité des barrages de castors pour élever et stabiliser la nappe phréatique, grâce au stockage et au relâchement graduel de l’eau des précipitations et de ruissellement : « l’eau qui s’écoule autour de l’étang d’un castor peut voyager jusqu’à deux kilomètres dans le sol et élever la nappe phréatique de cette zone ». [3]

Dans une   étude approfondie publiée en 20008, une professeure agrégée en études de l’environnement de l’Université d’Alberta, Glynnis Hood, confirme que les castors ont une influence majeure sur la création et la préservation des terres humides. Elle soutient que « l’élimination d’un castor devrait être considérée comme une perturbation du milieu humide autant que le remplissage, l’exploitation des tourbières et l’extraction industrielle de l’eau ».[4]

La protection des terres humides et l’adoption d’une approche basée sur la compréhension du rôle-clé que jouent les castors dans les écosystèmes seront au cœur de la réussite de la Stratégie d’Ottawa sur le milieu aquatique.

Donna DuBreuil

Wildlife Centre d’Ottawa-Carleton

Janvier 2015

[1]  Howard Baker, sénateur du Tennessee, dans une déclaration au Sénat sur l’importance de la Clean Water Act (Loi sur la qualité de l’eau), 1977

[2] Commissaire à l’environnement de l’Ontario, rapport annuel intégral 2010-2011. La destruction du patrimoine naturel fait office de « pratiques agricoles normales », p. 57, 4.1.2

[3] Canadian Geographic “Rethinking the Beaver”, Frances Backhouse. Décembre 2012

[4] Glynnis A. Hood, Suzanne E. Bayley “Beaver (Castor canadensis) mitigate the effects of climate on the area of open water in boreal wetlands in western Canada”. Biological Conservation 141 (2008) 556-567

 

 

Catégories : Campagnes, Plan d’action de la rivière des Outaouais

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